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Depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale, le site était une caserne militaire française de près de trente-sept hectares. En 1992 , les militaires quittent les lieux et les cèdent à la région. Le vaste site du futur quartier Vauban a été acheté à l'Etat Fédéral Badois par la ville de Fribourg. Celle-ci a déboursé 20 millions d'euros, soit 54 €/m² (nettement inférieur au prix du terrain à bâtir dans la région).
En décembre 1993 , le conseil municipal de Fribourg décide de profiter de ce terrain pour y créer un nouveau quartier d'habitation pouvant accueillir près de cinq mille habitants, planifié dans le respect de l'environnement. Dès 1994, une consultation internationale a été lancée pour produire des idées d'aménagement. Ses propositions ont ensuite été retravaillées en coopération avec la commune. Une société de développement communal implantée à Stuttgart est engagée par la ville de Fribourg pour l'aider à superviser l'aménagement du quartier. Durant cette année, les premières modifications ont lieux sur le site : dépollution des sols, démolition des premiers bâtiments, etc.

Dès 1995 , un long travail de concertations publiques est mis en place, avec la création de participation civile élargie. La commune y a investi près de 20.000 euros par an, durant quatre années, pour soutenir ce processus de discussion. Une association est reconnue rapidement comme porteuse de cette participation : le forum Vauban eV.
Les associations étudiantes ainsi qu'une initiative de coopération auto-organisée (SUSI : Selbstorganisierte Unabhängige Siedlungsinitiative) sont les premières à commencer les travaux. Près de quinze bâtiments datant de la période militaire sont conservés et réhabilités selon des critères écologiques et sociaux déterminés. Des zones d'habitation pour 600 étudiants, principalement en collocation, dans six bâtiments réhabilités (plus trois nouvelles constructions) sont mises en place. Quatre bâtiments ont été aménagés par l'association SUSI, qui a créé quarante-cinq appartements pour en moyenne 5 personnes par logement.
L'année 1996 fût la plus décisive pour le projet. En effet les concertations les plus importantes ont eu lieu durant cette période. Des campagnes publicitaires ( Wohnfrühling : le printemps des habitations) sont lancées pour attirer et mobiliser les futurs habitants. A cette période, les premières communautés de construction et un projet d'habitation social en coopérative GENOVA se mettent en place. Les investissements sont de plusieurs origines : entrepreneurs, investisseurs privés regroupés ou non en associations.

La participation citoyenne prévue pour le quartier Vauban a dépassé les simples concertations imposées par les règlementations actuelles. Fribourg a organisé une participation citoyenne élargie, qui a été constante pendant cinq années, depuis le concours d'idées jusqu'à l'élaboration du projet et le début des travaux. Malgré des aides publiques extérieures et des subventions qui ont contribué à son financement, cette participation a engendré des surcoûts financiers pour la commune.
La ville de Fribourg a privilégié le dialogue, même si parfois il s'est avéré houleux : près de 10 à 15% des décisions sont restées conflictuelles et ont dû être tranchées par la mairie. Par la participation citoyenne élargie, elle a pris le parti de travailler main dans la main avec les futurs habitants, afin d'établir avec eux un cahier des charges du quartier (urbain et architectural). Les habitants, par le biais du forum Vauban, ont fait valoir leurs convictions et leurs idées. Tandis que la ville a pu expliquer plus longuement son concept de quartier écologique et les avantages et inconvénients que cela pouvait poser.

Toute personne souhaitant vivre dans le quartier doit passer un entretien avec la mairie. Cette sorte de test imposé par la municipalité permet d'obtenir la mixité sociale promise par la ville. De cette façon, tout le monde a accès à ce nouveau type de logement respectueux de l'environnement. C'est tout du moins l'idée défendue par Fribourg. Par ces entretiens, elle souhaite mélanger les classes sociales et créer une véritable mixité sociale.
On peut cependant se poser la question de savoir si ce quartier n'est pas simplement un lieu pour les gens méritants et motivés. Les logements « traditionnels » étant réservés pour les autres. A Vauban, l'équilibre social souhaité n'est pas atteint. La grande majorité des familles appartient à la classe aisée et a des enfants. Près de 75% des habitants sont des cadres supérieurs ou des professions libérales. Les populations modestes sont faiblement représentées et ghettoïsées (logements SUSI). La population est principalement d'origine de Fribourg + région et les quelques étrangers sont des professeurs enseignant dans les universités fribourgeoises.

La cité-jardin est un quartier de logements sociaux individuels et locatifs intégrant un aménagement paysager et un jardin autour de l'habitat. À l'origine, cité-jardin est une réaction à la croissance désordonnée, engendrée par la révolution industrielle du XIXe siècle en Angleterre. Limité en extension et en population afin de permettre le fonctionnement d'une vraie communauté, le modèle de la “garden city” mis au point par Ebenezer Howard en 1898, est circonscrit par une ceinture verte où se groupent les producteurs chargés de nourrir la cité et possède un centre réunissant fonctions administratives et édifices publics.

Parce qu'il est inventif et varié, dans ses formes (anciens immeubles de caserne côtoyant des réalisations architecturales contemporaines) comme dans les couleurs des bâtiments, le quartier Vauban est très apprécié par les habitants. En effet, les conceptions des maisons d'une même rue ne sont pas confiées au même promoteur et l'extrême variété des façades mitoyennes tient à la possibilité pour chaque acquéreur de choisir la couleur de sa maison. La préservation des arbres centenaires, mais aussi des jardins privatifs non clôturés contribuent à donner une impression d'espace ouvert favorable au bien-être des habitants.
Planification urbaine :
Maîtrise du foncier :
Grâce à sa maîtrise totale du foncier, la municipalité peut imposer ses choix lors de la conception du quartier et lors des ventes des terrains. Ses exigences, répercutées sur les promoteurs privés, sont de plusieurs ordres :

Dès la planification du quartier, les emplacements privés ont été remplacés par deux garages collectifs, sortes de silos de 240 places dotés d'un système de rangement automatique, implantés à l'entrée du quartier (de 50 à 300 m des habitations). Ce système permet un gain d'espace pour la construction des habitations et des espaces publics et l'utilisation des places de parking à 150% (habitants, visiteurs et pendulaires). Le prix d'une place, volontairement dissuasif, est de 17 500 €. En résumé, 50% des habitants disposent de places de parking dans les garages collectifs, 25% optent pour “vivre sans voiture” (signature d'un engagement stipulant qu'ils ne possèdent pas de voiture lors de l'achat de leur logement ni pendant une période minimum de dix ans), et 25% des logements situés à la limite du quartier ont un parking privatif. Les visiteurs payent pour stationner, soit dans des garages, soit sur les emplacements de l'Allée Vauban.
L'association “Car Frei” (“sans voiture”), qui rassemble 1 500 adhérents, gère un système d'auto-partage entre résidents. Elle achète une voiture pour 20 adhérents, ce qui représente environ 63 voitures. Ces véhicules sont garés dans un des parkings communautaires.
Le prolongement de 2,5 km d'une ligne de tramway existante entre le quartier et le centre ville de Fribourg sera mis en service en 2006. À terme, cette ligne devrait être reliée au réseau ferroviaire régional.
La ville a adopté une politique globale de “quartier à courtes distances” qui permet aux habitants de rejoindre à pied ou à bicyclette les commerces, services, écoles, jardins d'enfants situés à proximité des logements. Les urbanistes du projet considèrent comme “courte” une distance de moins de 700 m. La distance retenue, et la plus agréable, est de 300 m.
À Fribourg, la part des déplacements assurée par les transports en commun est passée de 22% en 1976 à 28,5% en 1996. Dans le même temps, celle du vélo s'est envolée de 18% à 29% alors que celle des voitures particulières a chuté de 60% à 43%.

L'allée Vauban, axe central, traverse le quartier du nord-ouest au sud-est et le relie aux communes voisines. De chaque côté de cette allée, majoritairement plantée, une bande de 6 mètres destinée à l'usage des piétons et des vélos, sépare l'axe central des parcelles des immeubles. Dans le sud du quartier, les trottoirs ont une largeur de 1,5 mètre et quelques places de stationnement sont aménagées pour les clients des espaces d'activités situés en rez-de-chaussée des immeubles : café, commerce, cabinets médicaux, services… La vitesse de circulation sur cette allée est fixée à 30 km/h.
L'allée Vauban dessert des voiries secondaires le long desquelles sont construits les bâtiments résidentiels. Ces voies, de 4 mètres de large, sont aménagées en forme de U et distinguent les différents îlots. Dépourvues de places de stationnement, elles n'autorisent que les arrêts rapides (livraison, déchargement) et une allure au pas, à 5 km/h. Des fossés et des rigoles sont aménagés le long des chaussées pour recueillir les eaux de pluie.

Toutes les maisons du quartier sont conçues à partir de critères d'éco-construction et de haute performance énergétique. Ainsi, les constructions respectent un label “Habitat à basse consommation énergétique”. Les solutions techniques adoptées sont intégrées dès la conception dans l'architecture des bâtiments.
L'Habitat à basse énergie
Ce label est calculé sur la base de la norme Suisse SIA 380/1. Toutes les maisons de Vauban ont été conçues pour ne pas dépasser une
consommation de chauffage de 65 kWh/m2/an, soit l'équivalent de 6,5 litres de fioul/m2 de surface utile.
Les maisons passives
Environ 150 logements au total, dont 42 appartements de la première tranche de construction, sont aménagés dans des maisons en bande, dites “maisons passives”, orientées nord-sud et sans ombre portée. Ces maisons sont pensées pour ne pas dépasser une consommation de chauffage de 15 kWh/m2/an. Équipées de triple vitrage, donc parfaitement isolées, elles n'ont aucun besoin de recourir au chauffage urbain pour l'eau chaude ; pour l'électricité, elles tablent sur leur toit, vaste surface de panneaux solaires.
Les maisons positives
Ces logements produisent plus d'énergie qu'ils n'en ont besoin, à l'image de la maison “Héliotrope”, développée par l'architecte Rolf Disch pour son usage personnel. Conçue en bois et en triple vitrage, elle suit le soleil pour optimiser sa production d'électricité et d'eau chaude solaire. Elle comporte 54 m2 de panneaux photovoltaïques et 38 m2 de capteurs solaires thermiques sous vide.

L'énergie solaire
Dans la tranche la plus récente de construction du quartier Vauban, la toiture des petits immeubles accueille 2 500 m2 de panneaux photovoltaïques, parfaitement intégrés dans l'architecture des bâtiments. Toutes les installations photovoltaïques sont raccordées au réseau national de distribution électrique, qui rachète le kWh excédentaire à environ 0,57 € (donnée 2004). Des panneaux solaires sont également installés, notamment sur l'un des garages en silos du quartier. L'ensemble fait du quartier Vauban l'un des plus grands quartiers solaires d'Europe.
La cogénération
Une usine de co-génération construite par la ville de Fribourg, alimentée à 80% par des copeaux de bois et à 20% par du gaz naturel, dessert en chaleur l'ensemble des logements du quartier Vauban, à l'exception des maisons passives. Combinée aux toits photovoltaïques, elle permet de couvrir 65% de la demande en électricité.

L'objectif est de réduire la consommation d'eau par personne en récupérant les eaux de pluie pour les utiliser sur le site même. Pour cela, plusieurs solutions sont retenues :

Le tableau présenté ci-après montre le chemin parcouru en direction du développement durable du quartier Vauban par rapport à un quartier de référence théorique. Ce dernier est de taille identique, intègre le même type d'équipements mais a été réalisé sans aucune mesure écologique spécifique. Le profil de durabilité correspondant au delta présente des résultats positifs surprenants et démontre la pertinence d'une telle démarche pour l'aménagement d'un quartier durable. Le surcoût des mesures environnementales prises en compte pour la conception du quartier est évalué entre 3% et 5% maximum.

Source : Institut d'Écologie Appliquée. Étude “Quartiers durables dans les zones urbaines en reconversion : analyse des flux de matière comme instrument d'évaluation”.
Cet article est inspiré d'un mémoire réalisé par une architecte sur son site internet Archicaro et d'un document de L'agence Régionale de l'Environnement et des Nouvelles Energie Ile-de-France.